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 Pourquoi on baille?

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Kahéna
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MessageSujet: Pourquoi on baille?   2/4/2010, 12:25

Citation :
Bâilleurs de fond
Glotte. Un médecin français publie la première somme scientifique consacrée à cet irrésistible comportement buccal.

Par EDOUARD LAUNET


(ImNotQuiteJack / Flickr)

Année du bâillement en 2010 ! C’est pas qu’on s’ennuie, c’est que l’actu en la matière est particulièrement riche. En cette fin mars est publié le premier ouvrage scientifique jamais consacré au bâillement (1) depuis, euh… la thèse de doctorat de médecine rédigée par un certain René Trautmann en 1901. Puis, les 24 et 25 juin, se tiendra à Paris la première conférence internationale sur le bâillement, à l’hôpital de la Salpêtrière. Derrière ces deux événements, il y a le Dr Olivier Walusinski. Ce médecin français est devenu en l’espace de trente ans la référence mondiale sur le sujet (lire ci-contre). Cocorico ! Avec ce monomaniaque assumé, tour d’horizon des découvertes récentes sur cet énigmatique comportement réflexe, qui reste la première cause de luxation de la mâchoire.

Tous ensemble. Il n’y a pas que l’homme qui bâille : tous les vertébrés le font, même la poule, le cheval, le béluga et le serpent. Toutefois les cas de l’ornithorynque (pas étudié) et de la girafe (personne n’en a jamais vu se décrocher la mâchoire) restent incertains. Parfois, l’huître bâille elle aussi, mais pour de tout autres raisons.

Tous en même temps. C’est bien connu, le bâillement est contagieux. Mais seulement chez les primates. Des expériences croquignolettes ont montré que plus une personne est capable d’empathie, plus elle est sujette à la contagion. Mais au fait, pourquoi y a-t-il contagion ? Certains chercheurs voient là un trait issu de l’évolution, dans la mesure où le bâillement généralisé dans un groupe peut aboutir à une coordination des temps de sommeil, donc à une meilleure survie. En tout cas, on sait depuis peu que la contagion du bâillement est un comportement passant par l’activation de «neurones miroirs» mis en évidence chez les macaques et les primates.

Tout le temps. On bâille le matin en se réveillant, durant la journée pendant des tâches répétitives ou monotones, le soir avant de s’endormir. Mais parfois aussi pour apaiser un état de grande tension émotionnelle : parachutiste avant le saut, patineur de vitesse avant le départ de la compétition. Dans la salle d’attente du vétérinaire, même les chiens bâillent beaucoup. Le mal des transports et le jeûne sont d’autres facteurs de bâillement.

Très tôt. Le bébé bâille plus que l’adulte : la fréquence est maximale durant la première année (entre 25 et 30 bâillements par jour en moyenne) puis décroît avec l’âge. Les personnes âgées bâillent peu. On estime qu’un être humain bâille 250 000 fois dans sa vie. Il commence très tôt : in utero, dès l’âge de 12 à 15 semaines.

Pas pour des prunes. La fonction du bâillement - une longue inspiration, une acmé, une expiration rapide associée parfois à des étirements (on parle alors de pandiculation), le tout suivi d’une sensation de bien-être et de détente - n’est pas complètement élucidée. Cela pourrait être un mécanisme de stimulation de notre vigilance, et jouer un rôle dans la communication non-verbale, en particulier chez les primates non humains. Pour le Dr Walusinski, il est clair que ce comportement réflexe «témoigne de processus adaptatifs d’homéostasie fondamentaux pour la vie» (l’alternance veille-sommeil, la régulation de la satiété et la sexualité). Bref, on ne bâille pas pour rien.

Et le sexe, dans tout ça ? Chez les rongeurs et les singes, les mâles bâillent plus souvent que les femelles. Chez les macaques en particulier, le mâle dominant d’un groupe bâille plus souvent que ses congénères. Caractéristique qui apparaît lors de la puberté et dépend du taux de testostérone. Chez les humains, mâles et femelles bâillent autant. Cependant, un psychologue néerlandais a récemment noté que la femme pouvait présenter des pandiculations (bâillement plus étirements) lors du désir sexuel. Mais attention : cela n’implique pas nécessairement ceci !

Mauvais esprit. L’islam d’hier voyait dans le bâillement un signe de l’entrée du diable dans le corps, et dans l’éternuement un signe de sa sortie. En Inde, les Bhûts (esprits) sont censés aimer entrer par la bouche. Il est alors dangereux de bâiller, car alors ou bien les Bhûts vont pénétrer le corps en s’engouffrant dans la gorge, ou bien une partie de l’âme pourra s’en échapper. Il est recommandé de placer sa main devant sa bouche et de s’exclamer : Mârâyan ! («Grand Dieu !»). Ou de faire craquer ses doigts, ce qui effraierait les mauvais esprits. Ou tout à la fois pour faire bonne mesure.

En Europe, vers 590, une épidémie de peste décima la population, engendrant de nombreuses superstitions. Comme des pestiférés rendaient l’âme en bâillant ou en éternuant, on disait «Dieu vous garde» à ceux qui éternuaient, et ceux qui bâillaient faisaient immédiatement un signe de croix sur leur bouche.

Que fait la science ? La première conférence internationale sur le bâillement accueillera à Paris des chercheurs venus des Etats-Unis, du Mexique, d’Inde, d’Israël et de toute l’Europe. Au programme, de vraies avancées sur le chemin de la connaissance et de la lumière, telles que «le bâillement et la clairance de l’adénosine et de la prostaglandine D2 du liquide cérébro-spinal», par Olivier Walusinski, ou encore «la peur induite par la punition modifie le schéma quotidien du bâillement chez les rats», par Jorge Garcia-Torres. On verra aussi que certains hémiplégiques retrouvent momentanément l’usage d’un bras paralysé lorsqu’ils bâillent. Et s’il y avait des choses à fouiller par là ?

(1) «The Mystery of Yawning in Physiology and Disease», communications éditées par Olivier Walusinski, Editions Karger. 160 pages. 141,50 euros.

Olivier Walusinski, bâillementologue

En 1978, le docteur Olivier Walusinski est consulté par un homme de 30 ans affligé d’un vrai problème : il bâille une fois par minute. Consternation du médecin, dont les études ne lui ont rien appris sur ce genre d’ennui. Il interroge alors le professeur Olivier Lyon-Caen, chef de service de neurologie à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris, qui lui confirme la pauvreté des données sur le sujet.

Depuis, Olivier Walusinski collecte toutes les données possibles et imaginables sur le bâillement et nourrit un site (www.baillement.com) devenu la référence sur le sujet, avec plus de 1 000 pages aujourd’hui. Ce sont les contacts noués via ce site qui lui ont donné, en 2008, l’idée d’organiser une conférence internationale. A force de traquer toutes les occurrences du bâillement dans la littérature, le Dr Walusinski, installé à deux pas d’Illiers-Combray (Eure-et-Loir), a fini par contracter la maladie bibliophilique. Qui ne se soigne pas.

Et le bâilleur compulsif d’il y a trente ans ? «Je ne l’ai jamais revu. A la lumière de mes connaissances actuelles, je crains qu’il n’ait eu une pathologie neurologique tumorale, une tumeur de l’hypophyse par exemple, ou bien une maladie à tics chroniques.»
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