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 Le français, langue d'accueil de tous les écrivains du monde ?

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Phidias
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MessageSujet: Le français, langue d'accueil de tous les écrivains du monde ?   18/1/2009, 17:25

Riche d'une Histoire incomparable, les Belles Lettres françaises s'illustrent également par des auteurs nés d'une autre langue, d'une autre culture. Plusieurs écrivains étrangers ont récemment publié des livres en français, dont certains furent glorieusement primés. Le phénomène n'est pas nouveau. De nombreux auteurs, et non des moindres, ont abandonné leur langue maternelle pour lui préférer le français. Ces exils choisis font du français une langue d'accueil pour tous les écrivains du monde...

Citation :
Françoise Dargent
08/01/2009
Ils sont étrangers mais ont décidé d'écrire en français. On se souvient des plus célèbres, comme Milan Kundera, l'irréductible, qui a repris lui-même la traduction de ses romans, Samuel Beckett, qui a avoué s'être libéré de l'empreinte de Joyce en choisissant une langue étrangère, ou encore Casanova, dont les Mémoires en dix volumes furent écrits dans la langue de Molière, alors considérée comme la plus
internationale de toutes. Pourquoi décide-t-on un jour d'abandonner sa langue maternelle pour faire du français sa langue d'écriture ? Il y a bien sûr autant de réponses que de personnalités et de parcours individuels, mais force est de constater que la langue française, si elle a perdu de l'influence dans le monde, a gardé son aura auprès des écrivains.

Le dernier lauréat du Goncourt, l'Afghan Atiq Rahimi, en est la plus récente illustration. Lorsque Le Figaro l'interrogeait à ce sujet en novembre dernier, Atiq Rahimi, dont les trois premiers romans avaient été écrits en persan, répondait très simplement : « Au départ, je ne me posais même pas la question, je n'y pensais pas. Quand je suis retourné dans mon pays en 2002, j'ai retrouvé ma culture… et l'envie d'écrire en français. Singué Sabour, pierre de patience est sorti directement en français. En fait, il m'était difficile - je ne sais pas pourquoi - d'aborder ces sujets importants, tabous, dans ma langue maternelle. La langue française m'a donné la possibilité de m'exprimer avec une certaine liberté. »

Changer permettrait de prendre du recul. Pour beaucoup d'écrivains, ce choix est même vécu comme une sorte de renaissance. « Quand j'écrivais en espagnol, l'influence de Lorca était trop forte, se souvient Eduardo Manet. Le français m'a permis d'être plus sobre. » L'écrivain d'origine cubaine prit le chemin de l'exil et s'installa en France à la fin des années 1960. Il a écrit une vingtaine de pièces et treize romans, tous en français. Il se souvient avec nostalgie d'avoir été bercé par les comptines en créole de sa nourrice haïtienne et dit être toujours autant enchanté par « la finesse » de ce français dont il dévore les poètes. « Lorsque j'ai décidé de changer de langue, je maîtrisais parfaitement l'anglais, j'aurais pu l'adopter très facilement. J'adorais la musique et le cinéma américains, mais je détestais l'impérialisme (des États-Unis). Le français m'est apparu comme la langue de l'écriture. Les étrangers qui vivaient à Paris comme Beckett, Arrabal ou Ionesco l'avaient tous choisi. Pour nous, Latino-Américains, c'était une évidence, et cela le reste quoi qu'on dise. »

Évidente dans les années 1960, l'adoption du français peut, à l'époque de l'anglais tout-puissant, apparaître comme un choix paradoxal, dicté par une exigence légèrement décalée. Ainsi, Jonathan Littell étonna aussi parce que son roman Les Bienveillantes était écrit en français et non en anglais. L'écrivain américain, résidant à Barcelone, suscita ainsi la fierté nationale et fut adoubé par l'obtention du Goncourt en 2006. Aujourd'hui, les traductions des Bienveillantes continuent d'être
surveillées de près par un Littell très scrupuleux - il a envoyé une lettre de recommandations précises à ses traducteurs - et on s'étonne même qu'il n'ait pas voulu traduire son roman du français vers l'anglais.

Car on ne choisit pas une autre langue que la sienne sans devenir particulièrement pointilleux. L'exemple de Milan Kundera, qui écrivit en français pour signifier la rupture avec un pays d'origine dont il honnissait le régime, est édifiant. Il déclarait
d'ailleurs au Figaro en 2003 à propos des livres qu'il avait naguère écrits en tchèque : « C'est en France que se trouve ma maison d'édition, qui publie mes livres en premier, dans la seule version autorisée. Je dis seule version autorisée parce que j'ai repris la traduction française de tous mes anciens romans, phrase par phrase, mot
par mot. Depuis lors, je considère le texte français comme le mien et je laisse traduire mes romans aussi bien du tchèque que du français, avec une légère préférence pour la seconde solution. »

L'auteur slovène Brina Svit dit quant à elle écrire le livre deux fois. En français d'abord, puis en slovène : « Objectivement je n'avais aucune raison valable pour changer de langue : j'avais une très bonne traductrice et un très bon éditeur, explique-t-elle Puis est venu le sentiment d'une émancipation, d'écrire contre les siens, de ne devoir rien à personne. Le français m'a apporté une liberté, une franchise, une sensation d'être un écrivain très jeune : je suis tout le temps en train d'apprendre, d'affirmer quelque chose. »

Et si Eduardo Manet envisage aujourd'hui de reprendre le stylo en espagnol pour un
livre d'hommage à sa mère, ils ne sont pas tous certains de vouloir revenir à leur langue d'origine. C'est le cas de la Danoise Pia Petersen qui vient de publier son cinquième roman en français chez Actes Sud. Elle, c'est la spécificité de la langue française qui l'a attirée :« Je ne me suis jamais accordée à l'esprit du Nord. J'aime le débat, j'aime discourir. Je me suis sentie d'emblée à l'aise avec le français. Avant même de la parler, j'avais cette image d'une langue avec laquelle on peut développer ses idées. On peut toujours plier un mot dans un sens ou un autre. »

« Le français m'a apporté la clarté et la précision, ce qui est à l'opposé de la mentalité japonaise », renchérit quant à elle la Japonaise Aki Shimazaki, qui écrit en français depuis quinze ans et publie son prochain livre, Zakuro, en février chez Actes Sud. Pour elle, le déclic est venu avec Le Grand Cahier d'Agota Kristof, romancière hongroise qui écrit en français : « J'ai été fascinée par son style très simple et son histoire si profonde. À cette époque, j'avais déjà des idées pour mon roman Tsubaki. Alors j'ai décidé de l'écrire directement en français. Il m'a fallu trois ans pour l'achever. »

Reste que l'on adopte rarement le français par hasard. La plupart de ceux qui le choisissent ont un lien avec la France et sa culture.
À l'âge de la retraite, l'universitaire américain David I. Grossvogel s'est fixé un double défi : écrire son premier roman sur Proust et en français (Le Journal de Charles Swann, Buchet-Chastel). Ce professeur de littérature qui fit venir Jacques Derrida et d'autres penseurs français aux États-Unis sait qu'il marche en terrain miné. « Mon attachement à la langue française est comme l'amour de celui qui ne possédera jamais pleinement ce qu'il aime, souligne-t-il. Bien sûr, j'ai aussi écrit ce livre en français pour une raison pratique. Trouvez-moi un éditeur américain qui ait entendu
parler de Proust ! Mais ce n'était pas facile en France non plus. On ne marche pas sur les traces de Proust impunément. J'en ressens une petite pointe de fierté. C'est tout de même un Amerloque écrivant en français qu'une maison française va publier… »

Quand on pense que ces dernières années, le Goncourt a couronné Tahar Ben Jelloun, Amin Maalouf, Andreï Makine, Jonathan Littell et en novembre dernier Atiq Rahimi ! Les écrivains français n'ont qu'à bien se tenir s'ils ne veulent pas se faire doubler dans leur propre langue par la concurrence venue de l'étranger.

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Dernière édition par Phidias le 18/1/2009, 21:44, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le français, langue d'accueil de tous les écrivains du monde ?   18/1/2009, 17:29

Je confirme Smile
Très belle langue :p

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MessageSujet: Re: Le français, langue d'accueil de tous les écrivains du monde ?   18/1/2009, 17:31

c'est pas grave, grâce à Sarko tout ça va s'arrêter...
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MessageSujet: Re: Le français, langue d'accueil de tous les écrivains du monde ?   18/1/2009, 17:37

The_Acro_bat a écrit:
c'est pas grave, grâce à Sarko tout ça va s'arrêter...
Ce n'est pas simplement une boutade hélas ... Le Président français Pompidou (1969-1974) était l'auteur d'une anthologie de poésie française et pouvait répondre aux interviews en citant Gérard de Nerval. Aujourd'hui Sarkozy chante du Johnny... Entre-temps Mitterrand était aussi un fin lettré et amoureux des beaux livres. Ses mandats ont fortement favorisés l'accueil et expression des artistes dans cette langue.

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MessageSujet: Re: Le français, langue d'accueil de tous les écrivains du monde ?   Aujourd'hui à 20:07

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