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 Badr Châker as-Sayyâb

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Phidias
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MessageSujet: Badr Châker as-Sayyâb   13/7/2008, 10:30

Badr Châker as-Sayyâb
(Jaykour, Irak, 1926 – Koweit, 1964)


Un homme du delta mésopotamique, né à Djaykour en Irak, au coeur des palmeraies, créateur de la poésie moderne irakienne, il peut être considéré comme le père fondateur de la poésie arabe moderne. Parce qu’il a été l’un des tout premiers à écrire en vers libre, le premier à bouleverser la langueur, le classicisme arabe, à pulvériser le rythme et l'image, mais surtout parce qu’il a abordé la poésie en visionnaire et su, avant tous les autres, marier la référence mythologique et le vécu quotidien, le politique et l’intime, le national et l’universel. Rongé par la maladie, il est mort encore jeune dans la solitude et le dénuement.

Ses œuvres principales :
Le Golfe et le Fleuve, 1977
Les Poèmes de Djaykour, 2000

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Testament d’un agonisant
(Le Golfe et le Fleuve)

O muets, muets cimetières en vos tristes allées,
je hurle, je crie ; je crie, me lamente et dans
le silence j’entends
l’austère neige éparpillée dans l’ombre
où se répercutent des pas solitaires. Comme si
une bête de fer et de pierre
rongeait la vie : point de vie du soir
jusqu’au jour !

Où est l’Iraq ? Où est le soleil de ses matins,
emporté par un bateau
sur l’eau du Tigre ou du Buwayb ? Où sont
les échos des chants
qui palpitent comme ailes de pigeons vers les épis
et les palmiers,
accourant de chaque maison, dans le ciel libre,
de chaque colline disparue sous les fleurs des plaines ?

Si je meurs, ô ma patrie, je n’ai pas plus
haut désir
qu’une tombe dans tes tristes cimetières, et si je demeure
sauf, je ne veux rien de la vie
qu’une masure dans tes champs. Pour tes déserts
infinis, pour te garder de l’infortune,
je donnerais les rues et les faubourgs de Londres !

Peut-être vais-je mourir demain : le mal ronge
sans faiblesse
la corde qui retient à la vie les décombres de
mon corps, comme d’une maison
où les murs sont rongés par les vents, et le toit par
la course des gouttes.

O frères dispersés du midi vers le nord,
parmi les chemins et les plaines et jusqu’aux
plus hautes montagnes,
fils de mon peuple dans ses villages et ses cités
que j’aime tant,
ne reniez pas les bienfaits de l’Iraq !

Vous avez habité le meilleur pays, parmi
les eaux et la verdure :
le soleil, lumière de Dieu, l’inonde été comme
hiver ;
ne l’oubliez pas pour un autre !
c’est un paradis : craignez la vipère qui se
glisserait sur sa terre fraîche !

Je suis mort, et un mort ne ment pas.
je renie toute pensée
si le cœur n’en est pas la source.
O toi, éclat du jour,
inonde l’Iraq de ton or ! Car c’est l’argile
de l’Iraq
qui fait mon corps, c’est l’eau de l’Iraq…


Écrit le 2 janvier 1963
Traduit de l’arabe par André Miquel

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Hyperion
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MessageSujet: Re: Badr Châker as-Sayyâb   14/7/2008, 00:11

J'adorais ce poète, en arabe c'est encore plus beau ce qu'il écrit.

Il faudra que tu apprennes l'arabe phid, tu apprécira mieux ces poésies.

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Herr Mannelig
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MessageSujet: Re: Badr Châker as-Sayyâb   14/7/2008, 00:51

La beautee de Badr Cheker Esseyeb est en arabe, c'est sur.
Son poeme mythique mataron matar, je l'adore.
C'est l'un des pionnier de la poesie libre si on peut dire ca, Eche3r El 7or
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chitan el 9ayla
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MessageSujet: Re: Badr Châker as-Sayyâb   17/7/2008, 16:43

y aussi "wada3an Garcia Lorca" ( à dieu Garcia Lorca) très beau poème
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Phidias
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MessageSujet: Re: Badr Châker as-Sayyâb   5/8/2008, 03:25

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Représentant de l’avant-garde dans son pays (l’Iraq), il sait que la transformation de la société n’est qu’un mirage si les hommes qui la composent ne font pas d’abord l’effort de s’interroger sur les mensonges du réel : la poésie est là pour ça, crible par excellence des formes du monde sensible. Il la pratique avec une saine rudesse, décapant les mots de la rouille accumulée au long des siècles. Ce texte, Le Poème et la Chimère, est la parfaite documentation de l'âme d'un poète ...

Le Poème et la Chimère
Mes funérailles ont lieu dans la nouvelle chambre
Où j’ai pris mes quartiers.
Un long cri est lancé : « Ecris le poème ! »
J’écris
Ce que charrie mon sang,
Je barre, je rature,
Jusqu’à ce que l’idée têtue acquière enfin
La souplesse voulue.
Ma nouvelle chambre
Est vaste, plus vaste en tout cas que ne sera
Mon tombeau.
Si la fatigue me saisit en plein éveil, le sommeil
N’en prend que plus de saveur.
Il jaillit jusque des orbites creuses
De la pierre,
Jusque de la cheminée solitaire
En son angle rencognée.
Le cri des obsèques arides, usées,
Rapiécées
Jaillit de la haute bouche et tombe
Joyeusement le long des murs,
Caressant avec allégresse le miroir,
Les bouteilles.
Pourquoi tous ces recoins demeurent-ils
Dans l’ombre,
Comme la terre pour l’homme
Impatient de briser cette chaîne
A force de vin et d’or
Et de beautés femelles,
A force de mensonges en son cœur,
Sur sa langue,
Dans son désir de ramener tout excès
A l’immobilité d’une eau dormante ?
Et la face du miroir, qu’a-t-elle à offrir
Sinon son désert,
En l’absence d’une beauté
Aux lèvres de corail éclairées par deux yeux où danse
L’attendrissement des soirs ?
Beauté aux seins pour moi dénudés !
Comme ce miroir, la terre un matin
Se montrera sans vie.
Et dans les nuits livrées à l’obscurité totale,
A l’heure même du repos, seuls les vents
Lanceront leurs abois !
Dieu alors, craignant l’ombre des défunts,
Tirera la mort à lui et s’y endormira,
Comme on s’enveloppe dans la couverture épaisse
Au long des nuits d’hiver.

Le poète est ainsi à l’heure où jaillit
Le poème
Il ne le voit pas battre son rythme
D’éternité
Il détruira ce qu’il aura bâi,
Il éparpillera
Les pierres de son édifice,
Puis les enfouira
Sous la cendre du silence
Et du repos.
Lorsque lui viendra une idée nouvelle,
Il la tirera vers lui comme un voile où se perdront
Ses yeux.
Si le passé doit faire retour sur nous,
Qu’il soit détruit : car les choses
Ne croissent et ne lèvent
Que sur les cendres consumées
Jetées à tous les vents
De l’horizon …
Ainsi naît le poème !

Texte arabe dans Anthologie, Dâr al-âdâb
Beyrouth, 1967.


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Phidias
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MessageSujet: Re: Badr Châker as-Sayyâb   26/1/2009, 00:32




Dans la nuit

La chambre a sa porte close,
Le silence est profond,
Les rideaux tirés de ma fenêtre
Tombent jusqu’au sol.
Il se peut que la rue
Prête l’oreille pour m’écouter,
Pour me guetter derrière la fenêtre.
Et mes habits,
Tels ceux d’un épouvantail planté en plein champ,
Sont noirs.
La porte close leur a donné une âme.
Elle a enfoui en eux les lambeaux
De sentiments ;
Elle va les réveiller de cette mort
Qui les tient,
Et les voilà prêts à me chuchoter à l’oreille,
Dans le silence profond :
« Il ne reste plus un seul ami,
Pour venir te visiter
Dans la nuit terne,
Et la chambre a sa porte close.
J’ai revêtu mes habits
Comme en un rêve
Et je me suis faufilé dans la nuit :
Viendra certainement à ma rencontre
Ma mère
Dans cette terre des morts, là-bas, par ses enfants
Abandonnée.
Et elle me dira : « Où cours-tu ainsi
En cette nuit aveugle
Sans même un ami ?
Tu as faim ? Veux-tu goûter avec moi
Les caroubes du champ des morts ?
L’eau, tu l’aspireras à brèves gorgées
Du sein de la terre.
Ne vois-tu pas dans quel état sont tes habits ?
Prends donc ce bout de drap arraché
A mon linceul !
C’est une étoffe que le temps même
Ne saurait user.
C’est ‘Azrîl, l’Ange de la Mort,
Qui l’a tissée,
Et viendrait-elle à se fatiguer
Qu’il la raccommoderait ! Allons, viens-t-en
Chez moi dormi :
J’ai préparé une place dans ce lit
Profond
Pour toi, qui m’es plus cher encore
Que le désir,
Ce désir que les morts conservent du soleil
Et de l’onde paresseuse …
Ce désir qui attend l’heure
Où le chant du coq viendra sonner
A tous les horizons
Au Jour de la Résurrection ! »
Alors je m’en irais par les chemins du rêve
Alors je marcherai vers l’ultime rencontre
Et celle qui viendra
Sera encore ma mère !


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