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tahayûj

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MessageSujet: Re: tahayûj   Sam Avr 26, 2008 7:52 am

Jean GENET


L’ombre de certains dessins représentant des cuisses de femmes s’obtient à l’aide de traits incurvés, à la façon des cercles de différentes couleurs des bas d’autrefois ; c’est ainsi que j’aimerais que l’on se représentât la partie dénudée des cuisses de Querelle. Ce qui en tait l’indécence c’est de pouvoir être reproduites selon ce procédé de traits incurvés qui en précisent la rondeur volumineuse avec le grain de la peau et le gris un peu sale des poils bouclés. La monstruosité des amours masculines est contenue dans la découverte de cette partie du corps et son encadrement de veste et de pantalons retroussés. Avec ses doigts, habilement, Norbert enduisit de salive sa queue.
- c’est comme ça qu’tu m’plais.
Querelle ne répondit pas. L’odeur de l’opium posé sur le lit l’écoeurait. Et déjà la verge faisait son œuvre. A sa mémoire se rappela le souvenir de l’Arménien qu’il avait étranglé à Beyrouth, sa douceur, la gentillesse d’orvet ou d’oiseau. Querelle se demanda si lui-même devait essayer de plaire à l’exécuteur par des caresses. N’étant pas sensible au ridicule, il eût accepté d’avoir la douceur du pédé assassiné.
« C’est quand même ce zigue qui m’a collé les plus jolis blazes de ma vie. Et qu’a été l’plus doux », pensa-t-il.
Mais quels gestes faire de douceur ? Quelles caresses ? Ses muscles de fer ne savaient pas de quel côté fléchir pour obtenir une courbe. Norbert l’écrasa. Il pénétra tranquillement, jusqu’à la base de la verge, jusqu’à ce que son ventre touchât les fesses de Querelle qu’il amenait contre soi de ses deux mains soudain effroyables et puissantes, passées sous le ventre du marin dont la queue, cessant d’être écrasée sur le velours du lit, se redressa, battit la peau du ventre auquel elle était enracinée et les doigts de Norbert indifférent à ce contact. Querelle bandait comme bande un pendu. Doucement, Norbert fit quelques mouvements appropriés. La chaleur de l’intérieur de Querelle le surprenait. Il s’enfonça davantage avec beaucoup de précautions, afin de mieux sentir son bonheur et sa force. Querelle s’étonnait de si peu souffrir.
« I’m’fait pas mal. Y a pas à dire, i’sait y tater »
Il sentait venir en lui et s’y établir une nouvelle nature, il savait exquisément que se produisait une altération qui faisait de lui un enculé.

Jean GENET, Querelle de Brest (1947)
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MessageSujet: Re: tahayûj   Dim Aoû 03, 2008 12:55 pm

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« Pauvre Lélian ». Brouillant les lettres de son nom, Paul Verlaine clarifie ainsi son état : pauvre ! Pauvre d’argent quand l’absinthe eut tout bu. Pauvre individu lorsqu’il frappe sa mère, sa femme enceinte … Pauvre hère lorsque avec Rimbaud il s’enfuit vers le nord, la Belgique, l’Angleterre. Pauvre criminel puisqu’il tire sur Rimbaud qu’il aime. Mais riche en poésie, de la plus tendre qui soit, et qui touche le plus réfractaire à la caresse des mots.

Il bacio
Baiser ! rose trémière au jardin des caresses !
Vif accompagnement sur le clavier des dents
Des doux refrains qu’Amour chante en les cœurs ardents
Avec sa voix d’archange aux langueurs charmeresse !

Sonore et gracieux Baiser, divin Baiser !
Volupté nonpareille, ivresse inénarrable !
Salut ! l’homme, penché sur ta coupe adorable,
S’y grise d’un bonheur qu’il ne sait épuiser.

Comme le vin du Rhin et comme la musique,
Tu consoles et tu berces, et le chagrin
Expire avec la moue en ton pli purpurin …
Qu’un plus grand, Goethe ou Will, te dresse un vers classique.

Moi, je ne puis, chétif trouvère de Paris,
T’offrir que ce bouquet de strophes enfantines :
Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines
D’Une que je connais, Baiser, descends, et ris.

Paul Verlaine,
Poèmes saturniens, 1866.

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MessageSujet: Re: tahayûj   Ven Aoû 08, 2008 1:39 am

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C’est l’extase langoureuse …
C’est l’extase langoureuse,
C’est la fatigue amoureuse,
C’est tous les frissons des bois
Parmi l’étreinte des brises,
C’est, vers les ramures grises,
Le chœur des petites voix.

O le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l’herbe agitée expire …
Tu dirais, sous l’eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.

Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante,
C’est la nôtre, n’est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s’exhale l’humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?

Paul Verlaine,
Romance sans paroles, 1874.

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