Phidias Homo Pacificus


 Age : 33 Inscrit le : 04 Juil 2007 Messages : 3292 Localisation : ... dans le désert
| Sujet: Des Auteurs ... Sam Mar 08, 2008 4:10 pm | |
| Parcours d’une vie, initiation à une œuvre, témoignages sur des auteurs, nos préférés et les autres, tel est le propos de cette rubrique. Mon premier choix va vers Rimbaud. Comme une évidence ... Arthur RIMBAUD (1854 – 1891)Poète français né à Charleville, aventurier, voyageur. Les Etrennes des Orphelins, son premier poème, date de 1869. Génie précoce, il avait quinze ans lors de sa rédaction. Composée dans l’urgence d’une vie électrique, la suite de son œuvre explore les terres inconnues du sommeil et du rêve. A l’âge de dix-sept ans il vient à Paris, apportant, avec le Bateau ivre (cf spoiler), l’idée que la poésie naît d’une « alchimie du Verbe » et des sens. Maraudeur dans le verger de la parole, il y déroba un secret qui fonde la modernité poétique : « Je est un autre ». Rimbaud compose sous le choc de l’aventure de son amitié avec Verlaine, qui se termine par une scène de rupture à coup de revolver, les poèmes en prose d’Une saison en enfer (1873), où il exprime ses « délires ».
A vingt ans, son œuvre est close. Arthur, une fois adulte, s’écarte de l’œuvre qu’il a écrite adolescent. Il mène alors une existence errante (soldat, déserteur, trafiquant d’armes) à Java, au Harar. Il donne l’impression de rejeter, par sa fuite, la poésie qu’il a pourtant contribué à bouleverser. En 1886, la Vogue publie son recueil de proses et de vers libres Illuminations. Il meurt à 37 ans, à l’hôpital de Marseille, au moment où sa poésie commence à être reconnue comme l’aboutissement des recherches romantiques et baudelairiennes.
Nourrie de révolte, auréolée de légende, revendiquée par le surréalisme, l’œuvre de Rimbaud est la source sans laquelle la poésie moderne, qu’il a profondément influencée, ne peut être comprise. Encore aujourd’hui, auteur fascinant et souvent cité, il est notre contemporain et ne cesse d’incarner la poésie et d’en montrer les pouvoirs. D’en indiquer aussi, par son existence, les limites.
A lire : Une saison en enfer (1873) Illuminations (1886)
Le Bateau ivre (un de mes poèmes préférés)
| Spoiler: | | | Le Bateau ivre Comme je descendais des Fleuves impassibles, Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
J'étais insoucieux de tous les équipages, Porteur de blés flamands ou de cotons anglais. Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Dans les clapotements furieux des marées Moi l'autre hiver plus sourd que les cerveaux d'enfants, Je courus ! Et les Péninsules démarrées N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
La tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes, Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures, L'eau verte pénétra ma coque de sapin Et des taches de vins bleus et des vomissures Me lava, dispersant gouvernail et grappin
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème De la Mer, infusé d'astres, et lactescent, Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires Et rythmes lents sous les rutilements du jour, Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres, Fermentent les rousseurs amères de l'amour !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes Et les ressacs et les courants : Je sais le soir, L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, Et j'ai vu quelque fois ce que l'homme a cru voir !
J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, Illuminant de longs figements violets, Pareils à des acteurs de drames très-antiques Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies, Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs, La circulation des sèves inouïes, Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries Hystériques, la houle à l'assaut des récifs, Sans songer que les pieds lumineux des Maries Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !
J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !
J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan ! Des écroulement d'eau au milieu des bonaces, Et les lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises ! Échouages hideux au fond des golfes bruns Où les serpents géants dévorés de punaises Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux Montait vers moi ses fleurs d'ombres aux ventouses jaunes Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...
Presque île, balottant sur mes bords les querelles Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles Des noyés descendaient dormir, à reculons !
Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses, Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau, Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;
Libre, fumant, monté de brumes violettes, Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur Qui porte, confiture exquise aux bons poètes, Des lichens de soleil et des morves d'azur,
Qui courais, taché de lunules électriques, Planche folle, escorté des hippocampes noirs, Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais, Fileur éternel des immobilités bleues, Je regrette l'Europe aux anciens parapets !
J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : - Est-ce en ces nuits sans fond que tu dors et t'exiles, Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ? -
Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. Toute lune est atroce et tout soleil amer : L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache Noire et froide où vers le crépuscule embaumé Un enfant accroupi plein de tristesses, lâche Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames, Enlever leur sillage aux porteurs de cotons, Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
- Texte de la copie de Verlaine (Bibliothèque Nationale de France, ancienne collection Barthou). - Première publication dans Lutèce, 2 novembre 1883.
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Dernière édition par Phidias le Mer Mai 28, 2008 10:41 pm, édité 1 fois |
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| Sujet: Re: Des Auteurs ... Mer Mai 28, 2008 11:17 pm | |
| Isabelle EBERHARDTFemme de lettres française (Meyrin, Suisse 1877 - Aïn Sefra, 1904)
D'origine russe, elle mena une vie aventureuse, notamment en Algérie et au Sahara, et se convertit à l'islam. Elle devint journaliste à La Dépêche algérienne et à l'Akhbar. Ses récits, qui témoignent de sa lutte en faveur des pauvres, parurent tous après sa mort tragique dans l'inondation d'Aïn Sefra.
Dès sa mystérieuse naissance, le futur Si Mahmoud, comme elle se baptisera d'autorité - ce nom figure en arabe sur sa tombe au-dessus de son identité complète, Isabelle Eberhardt, épouse du maréchal des logis Ehnni Slimène - est vouée à toutes les aventures, mêlant corps et esprit, avec une volonté insatiable capable de déjouer la maladie, l'angoisse, la pauvreté, une tentative d'assassinat, l'expulsion d'Algérie ... Seul le désert était de taille à la noyer dans un oued en crue ...
A la charnière des XIXe et XXe siècle, la jeune femme - elle mourra à 27 ans - choisit l'Orient et ses indigènes pour les convertir en héros dans ses écrits. Seuls les marginaux occidentaux trouveront grâce à ses yeux ... La superbe colonisatrice n'a pas de place chez un être dont la quête est marquée par la devise :
"Trois choses peuvent ouvrir nos yeux à l'éclatante aurore de vérité : la Douleur, la Foi, l'Amour - tout l'Amour."
Lyautait qui la considérait avec amitié a écrit d'elle : "... Elle était ce qui m'attirait le plus au monde "une réfractaire" et trouver quelqu'un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, hors de toute inféodation, de tout cliché, et qui passe à travers la vie aussi libérée qu'un oiseau dans l'espace, quel régal !"
 Dans l'ombre chaude de l'Islam, 1906 Notes de route, 1908 Contes et Paysages, 1925 _________________ Vivre et laisser Vivre ! => http://blog-alternatif.blogspot.com/ |
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